Archives pour janvier 2008

18 janvier 2008

La loi de l’attraction


Une petite expérience…
Mobile post sent by OzaMeilleur using Utterz. Replies. mp3

17 janvier 2008

Surprise !

Classé dans road trip

Que j’aime donc ça, des surprises.
Hier, j’en ai eu deux.

Première surprise

J’ai retrouvé un bon ami sur Facebook. Ce n’est pas que ça faisait des siècles qu’on ne s’était pas vu, c’est juste qu’on ne se voyait pas souvent ces derniers temps. Toujours est-il que cet ancien voisin de ruelle – je l’ai vu grandir, il était chum avec mon fils – est de retour à Montréal et que j’étais bien contente de reprendre contact avec lui.

Deuxième surprise

Après avoir échangé un paquet de messages sur Facebook – des nouvelles de nos familles respectives, ce qu’on faisait chacun de notre bord, les amours, la santé, alouette – voici que mon beau Éric me fait parvenir le dessin qui suit : il a pris mon cartoon d’Oza, lui a plié les bras, puis s’est dessiné à son côté, pour l’accompagner. Trop cool ! Le pire, c’est que j’avais oublié à quel point il dessine bien.

Je vous rappelle que si vous voulez vraiment embarquer dans mon trip, si vous avez un cœur d’enfant et que vous croyez encore à la magie, eh bien inscrivez-vous sur Facebook et allez ensuite vous joindre à mon groupe Road Trip Destination Bonheur. C’est là que vous verrez tous ceux qui font partie du voyage – on est une sacrée belle gang, des gens d’un peu partout sur la Terre. Même que mon cher ex-voisin de ruelle est présent dans la van…oh yeah.

Un dernier petit mot

À part son talent de dessinateur, Éric Goyette est aussi un excellent guitariste, bassiste et chanteur (rock et blues), de même qu’un artisan du bois (ébéniste diplômé, rien de moins). Et comme il revient habiter dans le coin, il se cherche du travail. Alors si jamais vous avez besoin de ses services, vous me le faites savoir en m’envoyant un message sur ma page contact. Merci !

15 janvier 2008

Edmond fait son entrée

Classé dans dessins, famille, mon histoire

L’année 1918 débute un mardi.

Le Monde a beau être en guerre depuis plus de trois ans, la vie – elle – continue. Le 1er février, la Russie troque son calendrier julien contre le calendrier grégorien. Le 6 février, Gustav Klimt meurt. Le 19 mars, le Congrès américain adopte l’heure avancée de l’est – qui entrera en vigueur le 31 du même mois – et le 29 marque la naissance de Sam Walton, fondateur de Wal-Mart.

Le 6 avril – un samedi matin plutôt frisquet mais ensoleillé, avec quelques passages nuageux – Meldrude se résigne à faire face à la musique : après cinq mois, le bébé est collé pour rester, aussi bien l’accepter, que Votre volonté soit faite, bon Dieu de bon Dieu, elle est enceinte.

Installée à la table de cuisine où elle désosse avec ardeur les pattes de cochon pour le ragoût du souper, Meldrude coupe et poignarde la viande avec une furie renouvelée quand vient le moment d’annoncer la nouvelle à son mari. Théodore, craintif, silencieux, effacé, qui voit s’épaissir depuis quelques semaines la taille de sa femme, tousse un bon coup avant de quitter sa chaise berçante et passer le plus vite possible devant la table pour aller mettre une bûche dans le poêle.

Meldrude détache son attention de ses pattes de cochon le temps de lancer un regard dur, dégoûté, en direction de son mari, voulant à tout prix lui faire comprendre à quel point elle lui en veut pour ce maudit lundi soir (le 26 novembre 1917, elle s’en souviendra toujours) lorsqu’il est rentré complètement bourré d’avoir fêté la création de la Ligue nationale de hockey. Ce n’est pas l’état d’ébriété de son mari qui l’a dérangée. Non. C’est le fait qu’il lui ait demandé, avec son air de chien battu et ses yeux remplis de larmes, de lui accorder la faveur qu’elle s’évertuait à lui refuser depuis trop longtemps, elle le savait bien, depuis au moins six mois, si elle avait bonne mémoire. Meldrude, se sentant soudainement coupable, a fini par accomplir son devoir conjugal.

Le 2 mai, General Motors devient propriétaire de la Chevrolet Motor Company du Delaware. Dans la nuit du 16 au 17 juillet, l’Empereur Nicolas II de Russie et sa famille sont exécutés à Iekaterinbourg. Le 18 juillet, Nelson Mandela vient au monde.

Quand arrive le mois d’août, la grippe espagnole est rendue au stade de pandémie ; on déplore des centaines de milliers de morts à travers la planète. Meldrude, déjà très dédaigneuse de nature pour tout ce qui est bibittes et microbes, a pris l’habitude de passer le plus clair de ses journées dans le bain, trempant dans de l’eau tiède à laquelle elle ajoute une demi-tasse de bicarbonate de soude, trois cuillères à soupe d’acide borique, un gros morceau de camphre, et une pinte d’eau bénite qu’elle se fait livrer, à raison de deux gallons par semaine, directement de la basilique de Sainte-Anne-de-Beaupré. C’est son cousin Armand, un cultivateur de la région, qui se rend la quérir pour elle, confiant ensuite la précieuse cargaison à son beau-frère, un employé des chemins de fer, qui a pour mission de l’acheminer à sa destinataire. Voici donc que le lundi 5 août, à 4 heures et 28 minutes de l’après-midi, Meldrude a sa première contraction, suivie immédiatement de l’expulsion du bébé qui s’échappe d’elle comme une truite d’un filet de pêche, et se met à nager, gluant et ensanglanté, entre ses jambes toutes tremblotantes.

Une fois le choc et l’horreur passés, Meldrude empoigne l’enfant – un garçon – et sort du bain en prenant soin de ne pas s’entortiller les pieds dans le cordon ombilical. Avant d’alerter son mari et ses autres rejetons, qui sont dehors à faire ce qu’ils font d’habitude à cette heure-là, elle n’en a aucune idée et elle s’en fout, Meldrude coupe le cordon, enroule le bébé dans une serviette, enfile sa robe de chambre, se poudre le nez, et décolle une à une les mèches de cheveux qui lui tapissent le front pour ensuite les sculpter, une à une toujours, en forme de jolies petites bouclettes bien serrées. N’en pouvant plus d’entendre l’enfant pleurer, elle abandonne l’idée de s’appliquer du fard à joues et empoigne à nouveau le marmot qu’elle trimballe dehors, au grand soleil de fin de journée, afin de crier du haut du balcon pour que tous les voisins l’entendent, « V’là ton gars, Théo. Monte vite t’en occuper ! »

Le 11 septembre, les Red Sox de Boston ont raison des Cubs de Chicago et remportent les Séries mondiales. Le 17 octobre, Margarita Carmen Cansino, mieux connue sous le nom de Rita Hayworth, voit le jour à Brooklyn, New York, la fille de Eduardo Cansino, danseur de flamenco, et de Volga Hayworth, une Ziegfeld girl. Puis c’est la bonne nouvelle, alors que le 11 novembre marque la fin de la Première Grande Guerre ; plus de 25 millions de personnes sont mortes de la grippe espagnole au cours des six derniers mois, soit presque deux fois le nombre de personnes décédées pendant la guerre.

L’année 1918 se termine un mardi.

P.S. : L’enfant s’appelle Edmond, en l’honneur de son arrière-grand-père, un éleveur de poules qu’on disait grand charmeur de même que minable voleur.