l’échelle — un blogborygme
J’ai inventé le mot « blogborygme » dans
le but de combattre le perfectionnisme.

Inspiré du vrai mot « borborygme » — bruit produit par le déplacement des gaz dans l’intestin ou dans l’estomac — un blogborygme est un mélange de gribouillages et de griffonnages que j’exécute la plupart du temps dans mon lit, avant de m’endormir, mélange qui prend habituellement le chemin des poubelles dès mon réveil, le lendemain matin.
Sauf que depuis ma conversion à l’état de bum, j’ai décidé de laisser tomber mon Critique Intérieur et publier mes gargouillis nocturnes ou, comme j’aime les appeler avec affection, mes gaz cérébraux, sur mes blogues — en français et en anglais — à la vue de vous tous.
C’est ainsi que j’ai créé une toute nouvelle catégorie de billets : blogborygmes. Le premier gaz cérébral à avoir l’honneur de figurer à ce palmarès fut quelle belle journée !

Le blogborygme ci-dessus s’est échappé de moi vendredi passé.
Je l’appelle l’échelle.
Ouais.
La cogitation, c’est l’ennemi de
l’originalité dans l’art.
Martin Ritt
Voici un extrait du livre de Julia Cameron, Libérez votre créativité, où il est question de perfectionnisme :
Le perfectionnisme n’a rien à voir avec le fait de bien faire les choses. Cela n’a rien à voir avec le fait de remédier aux choses. Cela n’a rien à voir avec les normes. Le perfectionnisme, c’est le refus d’aller de l’avant. C’est une boucle — un système obsessionnel, fermé, débilitant qui vous arrête sur les détails, dans votre écriture, votre peinture, pour vous en faire perdre l’ensemble.
Au lieu de créer librement, permettant aux erreurs de devenir, par la suite, des visions intérieures, souvent nous nous acharnons à vouloir obtenir les détails justes. Nous corrigeons notre originalité dans une uniformité qui manque de passion et de spontanéité. « N’ayez pas peur des erreurs, nous dit Miles Davis. Rien n’est erreur. »
Le perfectionniste réécrit le vers d’un poème toujours et toujours — jusqu’à ce que plus aucun vers n’aille. Le perfectionniste retrace la ligne du menton d’un portrait jusqu’à ce que le papier se déchire. Le perfectionniste écrit tant de versions de la scène I qu’il n’arrive jamais à la fin de sa pièce. Le perfectionniste écrit, peint, crée avec un oeil sur son public. Au lieu d’avoir du plaisir à créer, le perfectionniste est constamment en train d’évaluer les résultats.
Le perfectionniste a épousé le côté logique du cerveau. Le critique règne en roi dans le ménage créatif du perfectionniste. Une descrip- tion brillante en prose est critiquée avec des gants blancs : « Mmm. Qu’est-ce que c’est que cette virgule ? Est-ce que cela s’écrit comme ça… ? »
Pour le perfectionniste, il n’y a pas de premiers essais, de croquis bruts, d’exercices d’échauffement. Chaque essai est prévu pour être final, parfait, serti.
Au milieu d’un projet, le perfectionniste décide de le relire dans sa totalité, d’en faire un compte-rendu et de voir où cela l’emmène.
Et où cela conduit-il ? Très tôt, nulle part !
Le perfectionniste n’est jamais satisfait ; il ne dit jamais : « C’est assez bien. Je pense que je vais continuer. » Pour lui, il y a toujours possibilité de faire mieux. Le perfectionniste appelle cela l’humilité. En réalité, c’est de l’égoïsme. C’est la fierté qui nous pousse à écrire un script parfait, à peindre une peinture parfaite, à réaliser un monologue d’audition parfait.
Le perfectionnisme, ce n’est pas une quête du meilleur. C’est la poursuite du pire de nous-même, cette partie en nous qui dit que rien de ce que nous faisons ne sera jamais assez bon, que nous devrions essayer à nouveau.
Non. Il ne le faut pas.
« Une peinture n’est jamais finie. Elle s’arrête simplement dans des lieux intéressants », dit Paul Gardner. Un livre n’est jamais fini. Mais à un certain point, vous arrêtez de l’écrire et vous passez à l’étape suivante. Un film n’est jamais coupé parfaitement mais, à un certain point, vous lâchez du lest et vous décidez qu’il est fini. C’est normal dans la créativité — laisser aller. Nous faisons toujours du mieux possible à la lumière de ce qu’il faut voir.
Ça ne veut pas dire que j’arrêterai tout effort de vous divertir avec des billets intéressants. Meuh non. C’est plutôt que je vais apprendre à me laisser aller, de temps en temps, au lieu de toujours vouloir performer. Et qui sait ce qui se cache derrière ces émanations de gaz cérébraux ? J’y découvrirai peut-être des messages venus de mon subconscient…
Vous ?
Êtes-vous aux prises avec
le démon de la perfection ?





