Archives pour la catégorie famille

9 août 2009

Carte postale de Bobby Baby (3)

Le mois passé, mon frère était à Prague.
Si vous ne vous souvenez pas de lui,
voyez les cartes postales 1 et 2.

Je lui ai parlé, aujourd’hui — c’est la fête de son fils Benoît que j’appelais afin de lui casser les oreilles avec un refrain de circonstance. Mais le neveu, il était sorti célébrer ses 20 ans avec les copains… alors la vieille tante du Québec devra attendre son tour.

Tout ça pour vous dire que mon cher frère Robert a été renversé par l’architecture de Prague. C’est avec son ami d’enfance Louis et, bien sûr, leurs épouses respectives, qu’il a parcouru cette «superbe belle ville» pendant 5 jours.

Tellement superbe que les mots lui ont semble-t-il manqué pour exprimer son extase — rien qu’à lire, on voit bien. :-)

Il est loin le temps où, main dans la main,
nous attendions que l’avenir nous transporte
dans des contrées plus exotiques.

De mon côté, j’attends toujours…
Mais ça va venir!

27 avril 2009

Bonheur = Vincent

Classé dans bonheur, famille

Aujourd’hui… à 2h45 ce matin…
le plus jeune de mes deux fils
a eu 30 ans.

Il est né dans cette vieille maison plantée au fond d’un rang, dans une localité que j’aime appeler — pour me défouler — «Poche d’Air», Comté de Lotbinière.

La photo ci-haut fut prise l’année précédant la naissance de Vincent. Au mois de juin 1978, mon mari-dans-l’temps et moi-même avons quitté la ville pour effectuer un retour aux sources : nous allions vivre la vie peace & love dans notre maison rouge & blanche qui avait un poêle à bois ET un foyer Franklin, mais ni bain ni eau chaude.

Voyez, c’est mon mari-dans-l’temps qui enlève la pancarte «À vendre», et mon fils-unique-à-l’époque qui pose pour la postérité.

Assis sur la galerie de notre Our House Is A Very Very Fine House, nous avions une vue prenante sur les champs et, au bout de ceux-ci, à un mille et quelques poussières de nos 60 arpents de terre, le beautiful Downtown Poche d’Air avec son église majestueuse et vide, sauf les dimanches et jours de fête.

Quand le soleil brillait, ça donnait des tableaux bucoliques.

Quand il pleuvait, ça donnait des trous d’boue.

Alors donc, Vincent est né un vendredi froid et pluvieux, dans la petite pièce du haut, au bout de l’escalier.

Tout s’est déroulé dans ce lit que nous avions dépouillé jusqu’au matelas pour ensuite le recouvrir d’un grand plastique en vue de la rupture des eaux. Et rupture il y eut : Huguette, la sage-femme, fut abondamment arrosée et dut endurer son look trempé jusqu’à la fin de l’évènement.

Avec toute l’action qui se déroulait à l’étage — pas de cris, juste de gros efforts et beaucoup de rires — Sébastien a fini par se réveiller mais il était trop impressionné pour sortir de sa chambre. Il a attendu en silence que Vincent soit éjecté du canon, puis il s’est approché de la scène du miracle — ébahi — pour voir son bébé frère flambant neuf étendu sur le ventre de sa maman flambant nue.

Ma mère aussi avait choisi de sauter l’étape de l’expulsion. Elle se tenait occupée en bas, dans la cuisine, sifflant sans relâche afin de conserver son calme : accoucher à la maison, à un mille et quelques poussières du milieu de nowhere, n’était pas son idée de la vie au 20ième siècle. Mais une fois que tout fut terminé et que personne n’était mort, elle a mis Les quatre saisons de Vivaldi sur la table tournante (selon mes directives) et est montée nous rejoindre avec, dans chaque main, une assiette où s’empilaient d’épaisses tranches de pain rôties garnies de ses fameux cretons maison.

Huguette est sortie chercher la bouteille de mousseux qui était restée au froid sur la banquette arrière de son auto ; dans la pénombre de la chambre principale, autour du lit de fer antique, nous avons trinqué à la santé du nouveau joueur.

Ce qui fait que la photo que vous voyez là-haut fut prise deux jours après la naissance de Vincent ; le lit avait été refait, ma mère était retournée chez elle dans le patelin voisin, et j’avais perdu 17 des 19 livres gagnées au cours de ma grossesse.

Je perdrais vite les 2 livres restantes à monter et descendre l’escalier pour allaiter mon petit ogre affamé.

Nous voici, l’année suivante, lors de MES 30 ans. C’est maman, la tête coupée, qui tient Vincent ; on peut dire que l’allaitement maternel lui avait réussi, n’est-ce pas ?

Finalement, voici ce que 30 ans ont fait de mon enfant…
6’2″ et de plus en plus beau avec chaque jour qui passe.


Je t’aime
xoxo

ÉPILOGUE

Au mois de février 1981, nous avons regagné la ville.
Devenue monoparentale, j’avais hâte de changer d’air.
Parce que même si la venue de Vincent fut un cadeau du ciel,
le reste de mon épisode rural fut un enfer !

21 avril 2009

Carte postale de Bobby Baby (2)

Ai reçu une carte postale de mon frère Robert, aujourd’hui.
Ouep, il est à Venise.

Du moins, il l’était ; en ce moment, il est sans doute
de retour chez lui, en Belgique.

Je vous ai parlé de lui, l’année passée — il m’avait envoyé une carte postale de Camargue, en France.

Et je gage que cette courte escapade en Italie n’est pas le seul voyage qu’il fera cette année ; je suis certaine qu’il reprendra à nouveau la route pour ses vacances d’été. Parce que c’est ça l’avantage d’habiter en Europe : on est à proximité d’une myriade d’endroits fascinants à visiter.

Voici ce qu’il avait à me dire (pour ceux qui ne le savent pas, «Mudd Lavoie» est mon vrai nom ; «Oza Meilleur», c’est mon alter ego) :

Je te raconterai ?! S’il ne m’a pas donné de nouvelles d’ici demain 15h00, soit 21h00 en Belgique, je vais l’appeler moi-même car j’ai trop hâte d’entendre ses impressions de Venise et de savoir pourquoi il recommande de n’y aller qu’une fois. Mystère…

En tout cas, c’est toujours un grand bonheur pour moi de recevoir une carte postale de mon beau Bob ; je ne l’ai pas vu depuis février 2004 alors qu’il était venu à Montréal et qu’on s’était retrouvé en gang pour fêter ses 50 ans.

OUI, il me manque beaucoup — il est tellement FOU. J’ai une photo de lui, dans mon bureau ; quand je travaille à l’ordi, je m’arrête souvent pour le regarder…

Il est assis à une terrasse, au Portugal,
devant une bonne Carlsberg bien froide.

Hey Bobby Baby… je t’aime.
VIENS VOIR TA SOEUR !

12 avril 2009

Famille, amour, et chocolat

Classé dans dessins, famille, paix & amour

Je passe la journée avec ma famille.

Pas de traditionnel jambon de Pâques
pour moi — je suis végétarienne.

Mais je compte bien me bourrer
d’AMOUR… enrobé de chocolat.

Je vous souhaite une sucrée d’belle journée,
Mudd alias Oza
xoxo

10 avril 2009

S’amuser avec Samuel

Classé dans dessins, famille

Samuel est le plus vieux de mes 3 petits-fils.
Il aura 7 ans au mois de juillet.

Débarqué chez moi hier après-midi pour passer le weekend de Pâques, ses dessins ont déjà envahi une bonne partie de la maison.

Voici sa version de mon personnage Oza. Franchement, je la trouve
beaucoup plus intéressante que la mienne !

15 septembre 2008

La porte

Classé dans bonheur, famille, mon histoire

Il y a de ces jours remplis de bonheur,
des jours si sereins et merveilleux qu’ils
laissent derrière eux une traînée de
poudre *magique*.

Et cette poudre se répand le long des jours qui suivent — caressante, envoûtante — et on est tellement heureux qu’on a la sensation de déballer un cadeau qui devient toujours de plus en plus beau.

Pour moi, la magie s’est opérée le 26 août. C’était un mardi chaud et ensoleillé, une des journées les plus chaudes et ensoleillées de cet été qui n’avait semblé vouloir nous donner, jusque là, que des journées plutôt mornes et mouillés.

Le tapin
Tout a commencé par un rendez-vous fixé pour 13h00 au coin des rues Saint-Denis et Mont-Royal où j’ai dû attendre pendant un bon 40 minutes l’arrivée de F., une amie rencontrée sur Twitter.

Je dis bien un « bon » 40 minutes, car même si j’étais prise à passer tout ce temps debout sur le trottoir, j’avais du fun à chanter plein de chansons dans ma tête et à me faire chauffer la couenne au soleil, le dos confortablement appuyé à la façade d’un café. Reggae baby!

Au fil du temps qui s’étirait, j’ai eu l’impression d’être une pute qui protégeait son territoire ; amusée par ce jeu, je me suis mise à accueillir avec un grand sourire le regard des passants. J’étais une vieille pute — une pute à la retraite — pas du tout prête à me taper n’importe quel vieux schmuck.

Puis Mam’selle F. est apparue en claxonnant. Dès qu’elle a ouvert la portière de son auto, elle a commencé à s’excuser et à détailler les raisons de son retard qui avaient toutes un rapport avec la congestion de la circulation. Pas grave, que je lui ai fait comprendre en sautant dans la voiture, allez hop! trouvons un restaurant, car il était près de 14h00 et la pute avait un p’tit creux.

Le lunch
On a choisi de manger sur le côté ombragé de Saint-Denis. Installées à la terrasse du Chuch (cuisine végé thaï), nous étions bien contentes de faire connaissance face à face après tous ces mois de tweets et de courriels.

La nourriture était mmm exquise. La conversation aussi. On a jasé de nos vies, de nos tracas, de nos rêves ; mais on a surtout jasé de nos plans pour devenir riches et célèbres via Internet. On était high.

Après le repas, on est passées côté soleil pour un caffe latte, puis on a marché et on s’est arrêtées boire un cappuccino, et on a fini par terminer notre pèlerinage sur les marches d’un commerce où, survoltées par la caféine, secouées de fous rires, on a poursuivi nos divagations tout en guettant le parcomètre pour ne pas manquer l’expiration.

À 19h00, F. a dû se décider à partir — ses chats et ses chiens l’attendaient à la maison. Moi, personne ne m’attendait, ni chat ni chien, et je ne voulais pas rompre la magie. J’avais le goût de continuer à profiter du retour de l’été ; le goût de marcher encore et encore ; le goût de tordre cette journée pour en extraire le plus de bonheur possible. Ah, la goulue!

La balade
J’ai descendu la rue Saint-Denis jusqu’à la rue Sainte-Catherine, où j’ai tourné vers l’ouest, et j’ai slalomé sur la Catherine entre les gens un peu trop lents jusqu’à ce que j’aboutisse sur la rue Sainte-Elisabeth et à ce qui est — enfin! — l’objet de cette histoire : La porte dont il était question dans mon article du 8 septembre.

La porte

SHOP DAD GRAFFITI MONTREAL

Nous voici donc sur la rue Sainte-Elisabeth.

À l’intérieur de la bâtisse décorée de graffiti, il y a un restaurant asiatique dont l’entrée principale se trouve sur Sainte-Catherine. (J’aime les graffiti.  Les graffiti artistiques, pas les tags tout croches.)

D’aussi loin que je me souvienne, cet immeuble de plus en plus délabré a été l’hôte d’un resto asiatique ; pas toujours le même, bien sûr, mais toujours asiatique.

L’immeuble tout illuminé, au bout de la rue, est un pub — Le Sainte-Elisabeth.

MontrealPlus.ca n’a que des éloges pour cet établissement :

L’un des meilleurs pubs à Montréal
Le Sainte-Elisabeth a cette chaleur et cette hospitalité caracté- ristiques aux pubs de la vieille Europe. Situé dans un immeuble bâti dans les années 30, ce pub possède toujours le charme de ses jeunes années, avec d’épais rideaux aux fenêtres, un foyer, des comptoirs en chêne poli et des lampes de verre teint qui donnent une chaude luminosité à l’endroit.

Le jardin secret
En entrant dans ce pub, vous ne saurez pas tout de suite que le Sainte-Elisabeth possède une cour clôturée dont les murs extérieurs sont tapissés de vignes. Pénétrez dans le jardin et vous pourrez découvrir une terrasse bourgeonnant de fleurs et de verdures durant la saison chaude. Il y a au deuxième étage du pub une terrasse vitrée qui surplombe le magnifique jardin. À quelques pas de la très animée rue Sainte-Catherine, cet endroit vous séduira dès la première visite et vous comprendrez pourquoi c’est une destination populaire à Montréal.

Chaleur,
hospitalité,
charme de ses
jeunes années,
jardin secret…ouais.

Pour moi,
cet endroit
sera toujours
« la shop ».

Voyez-vous, à partir des années 40 et jusqu’à sa mort survenue en 1975, cet immeuble appartenait au frère aîné de mon père — mon oncle Raymond, Contremaître en construction.

Quand j’étais petite, le rez-de-chaussée était occupé par un des employés de mon oncle, sa femme et ses deux enfants. Les étages se divisaient en chambres où vivotaient une série de personnages assez curieux, allant du rescapé de la Deuxième guerre mondiale à qui il manquait l’oreille droite, au vieil ivrogne épeurant qui tombait soûl mort dans l’escalier, à l’une ou l’autre de la douzaine et plus de prostituées qui ne faisaient que passer.

Mon oncle Raymond tenait son business au sous-sol de l’immeuble, un endroit sombre, humide et puant appelé communément « la shop ». On accédait à ce trou infesté de rats par cette porte qui, dans le temps, était peinturée grise et verrouillée avec un gros cadenas.

Papa travaillait pour son frère. Il était Contremaître.

Aussitôt que ma mère a eu son deuxième enfant, mon frère Robert né en 1954, Papa a commencé à m’emmener à la shop, le samedi ou le diman- che, afin de lui donner un peu de répit.

J’avais 3 ans et demi à la naissance de Robert ; j’étais une grande fille maintenant. Je me désennuyais du mieux que je le pouvais, soit à regarder — pas toucher! — les outils cordés sur l’établi, soit à tracer des dessins sur le plancher dans la poussière et le bran de scie.

Durant cette période, il est arrivé à mon père de s’absenter quelques fois pour (je le comprendrais plus tard) aller rendre visite à la prostituée de passage.

Ça lui arrivait quand son ami offrait de garder un oeil sur moi pendant qu’il buvait sa bière, assis dans le fauteuil en chêne de mon oncle Raymond.

Mais son ami ne faisait pas que garder un oeil sur moi. Il m’abusait sexuellement.

Voilà pour la chaleur, l’hospitalité et
le charme de mes jeunes années!

Le 26 août, j’ai marché jusqu’à cette porte comme je l’avais fait à plusieurs reprises dans le passé. Et cette fois, au lieu d’être écrasée sous le poids de la douleur, de la peine, de la laideur et de la solitude, j’étais en paix.

L’espace d’un éclair, c’est comme si on avait aspiré, par tous les orifices de mon corps, la grosse suie sale qui empoisonnait mon âme, pour ensuite y insuffler une lumière si douce, si chaude, si authentiquement bonne que j’en ai presque perdu l’équilibre.

J’étais ivre de bonheur…gaga…gougoune.

J’ai pris des tas de photos. Je valsais, je trottinais d’un côté à l’autre de la rue; je ne voulais plus quitter cette énergie.

J’ai aperçu des ouvriers qui travaillaient au coin de Sainte-Catherine. Étaient-ils là tantôt quand je suis passée? Je ne m’en souvenais plus.

Je me suis dirigée vers eux. Ça sentait le bois qu’on vient de couper, cette odeur qui fut présente toute mon enfance, toute ma jeunesse. Je l’ai fait remarquer au gars qui était grimpé dans l’échelle, à quel point ça sentait bon, que ça me rappelait mon père qui était menuisier.

En disant ça, j’ai compris que je n’en voulais plus à Papa de m’avoir abandonnée derrière cette maudite porte de malheur. Ma rancune s’est envolée, salut bye bye.

J’allais continuer ma route quand j’ai entendu la chanson qui jouait à la radio des ouvriers — The Times They Are A-Changing, de Bob Dylan. Je n’en revenais pas! Un jour, lorsque je vous raconterai l’histoire de mon frère André (1957-1994), vous comprendrez pourquoi.

Dylan, c’est mon frère André.
Et le 26 août, il était là
pour fêter avec moi.