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23 décembre 2011
En tout cas, c’est comme ça qu’ça s’passe dans ma famille, à la fin des années 50, au 296 de la rue Manning, à Verdun.
Laissez-moi vous raconter…

Deux semaines avant Noël, mon père marchande notre sapin chez le vendeur qui, chaque décembre, installe son stand au coin des rues Richard et Verdun. Quand le monsieur — exaspéré — accepte enfin de soustraire 25 cents de la piastre qu’il s’obstinait à demander, mon frère Robert et moi — gênés — agrippons notre arbre et le traînons jusqu’à la maison.
Dans le hangar, mon père coupe la base du tronc bien droit à l’aide de son égoïne avant de le clouer à un bout de planche taillé en rond. Semant des aiguilles partout sur son passage, il transporte notre sapin du hangar à la cuisine, puis tout le long du couloir jusqu’au salon, et là, dans le coin près de la fenêtre, il érige le roi des forêts dans une chaudière qu’il bourre ensuite de charbon.
Petit à petit, les branches se déploient sous l’effet de la chaleur. Complètement dégelées, elles finissent par couvrir un bout du sofa et la moitié de la télévision : c’est mon signal pour décorer.
Je place chaque ornement avec minutie, sans me hâter, afin d’étirer le plaisir et de ne pas accrocher toutes les boules rouges du même côté. Les personnages de la crèche — leurs membres recollés avec du Cutex — sont disposés solennellement au pied de l’arbre sur du papier crêpé imitation roche de grotte. Dès que nos trois bas de laine, à mes frères et moi, sont épinglés aux rideaux de cretonne, j’éteins le plafonnier pour voir scintiller mon chef-d’oeuvre dans la lueur de la lampe torchère.

Commence alors l’interminable attente.
14 longues journées à errer… à rêvasser…
à gigoter sur mon banc d’école.
14 longues soirées à errer… à rêvasser…
à regarder ma mère fabriquer des beignes,
des gâteaux, des cretons et des tourtières.
Et voici qu’arrive la veille de Noël — yesssss !
Fébriles dans nos pyjamas de flannelette, mes frères et moi assistons au rituel du Flacatoune.
Les bouteilles sont alignées sur la table de la cuisine. Mon père, son crâne chauve suant d’anticipation, vide des portions bien mesurées de Black Velvet, de Beefeater, de Québérac blanc et de Canada Dry dans une grosse cruche en verre surmontée d’un entonnoir. Dans un moment de silence solennel, il ajoute à cette mixture une cuillerée à thé de cassonnade avant de visser le bouchon, de brasser la potion, de déboucher la cruche, et de s’envoyer un premier verre derrière le gorgoton.
Se râclant la gorge avec approbation, il se paye un deuxième verre… un troisième… un quatrième… pour éventuellement — l’oeil vitreux et le teint cramoisi — nous interpréter Les fraises et les framboises sur son harmonica, après quoi nous nous couchons.

C’est le matin de Noël que nous déballons nos cadeaux.
Je ne trouve jamais mon poney, mais j’ai toujours de belles surprises. Il y a bien sûr des camions Tonka pour mes frères, une boîte de chocolats Lowney’s pour ma mère, et de la lotion Aqua Velva pour mon père.
Dans l’après-midi, on fait du popcorn et on regarde le film Heidi à la télévision.
Shirley Temple… non, mais quelle voix ! Quel talent ! Et quelle émouvante performance lorsque, kidnappée par une vieille femme hideuse qui l’emmène dans une carriole tirée par un cheval endiablé, Shirley, hystérique, crie de sa voix stridente «Grandfather ! Grandfather !» à son grand-père qui court derrière — frisant l’apoplexie — dans un ultime effort pour sauver l’enfant qu’il a tant détesté au début du film.
Les larmes me montent aux yeux.
Mais je me rends vite compte que je suis la seule dans le salon à être émue de la sorte. Mes frères ont préféré retourner jouer dans leur chambre ; mon père ronfle dans son fauteuil, un verre vide dans la main gauche, une cigarette éteinte dans l’autre ; et ma mère, sifflant allègrement, s’active à son poste pour réchauffer patates, dinde et petits pois de la veille.
Ce ne sera pas long qu’on va manger et se coucher.
À ma grande déception, la magie s’est déjà envolée.
Joyeux Noël !

Paix & Amour
27 avril 2010
L’année dernière, à pareille date, je vous racontais
la naissance de mon fils, Vincent.

Ce matin, en fouillant dans mes archives, j’ai découvert le poème que nous avait offert Huguette Boilard, notre sage-femme en or, deux jours après avoir présidé à la nuit d’amour et de magie que fut cette naissance à la maison. Inspirée par ce que nous venions tous de vivre, elle avait tapé son poème à la machine — ah, l’ancien temps! — pour ensuite y joindre un p’tit billet écrit à la main, question de faire plus «personnel».

Hommage de femme à celles qui ont
amoureusement donné la vie
par Huguette Boilard
29 avril 1979
Elle sourit,
surprise par une onde nouvelle
qui la caresse, arrondit et
gonfle son ventre
L’utérus prend vie,
s’anime de son intérieur bourré
d’une chair tendre
Elle sourit!
Son homme, tout proche,
fidèle,
lui ressemble,
il sur-veille la vie
Respire,
se détend,
contracte,
se repose…
Des vagues tantôt douces,
tantôt violentes
l’assaillent si tendrement
qu’elle les attend, les espère.
Ses yeux luisent,
tout juste lavés d’une fine
rosée de larmes,
celles qu’on laisse couler parce
qu’elles sont bonnes et dignes,
gouttelettes pures appelant la vie.
Son travail la broye doucement.
Fière,
Forte,
Femme debout,
Grande et fragile,
Elle savoure du plus profond de son ventre
les mouvements pour nous imperceptibles
de l’enfant qui s’avance.
Ses hanches se balancent
Son bassin vibre
s’ouvre
s’offre à la vie
comme le nénuphar à la clarté de l’aube
Sa respiration s’accélère,
Une émotion nouvelle,
sensation de plénitude
qui ouvre les cuisses
Fécondité réalisée,
Foetus à terme!
Oeuf minime couvé durant
neuf longs mois… si courts…
La vie
La vraie vie…
Un cri guttural et…
on ne sait trop qui,
de la mère ou de l’enfant,
décide de tout rompre
L’aquarium s’est fracassé!
Un liquide douçâtre, chaud,
à odeur de sperme frais
s’écoule entre ses jambes de
femme pleine.
S’ensuit un orgasme brutal :
les contractions prennent le pas de course,
Elle ne respire plus
elle halète animalement.
De respect tous baissent les yeux
Ces instants d’éternité, où seul l’instinct
a droit de cité,
unissent nos entrailles.
Sur son homme
sur la sage-femme
le liquide amniotique a coulé aussi,
Existe-t-il plus sainte eau pour asperger
les aimés?
La tête glisse, les gestes se bousculent
avec lenteur… orchestrés de mains
de femmes fertiles.
Elle halète, et geint,
doux rappel d’une intimité,
d’un coït cosmique où deux êtres
se sont étreints à jamais.
Femme féconde,
bonne comme l’humus ;
en elle gonfle
germe
éclate la semence…
Tête baissée,
recroquevillé sur lui-même,
l’enfant chemine dans le labyrinthe
vaginal.
Son coeur bat,
il a hâte.
Autour d’elle, les yeux la fixent,
les mains se font tendres,
on attend l’enfant.
Doux silence,
Respect de ces lieux sacrés,
On s’agenouille au pied du lit…
pour l’accueillir.
Crâne gluant,
Épaules tendres et velues…
Un cri…
Il se laisse glisser d’elle…
Dans un mouvement circulaire
et complet,
On le dépose sur le ventre chaud,
creusé,
Berceau magnifique
que seule la femme sait préparer.
Un instant on veut hurler cette
mise bas…
Mais l’énergie vitale se transforme
en chuchotements
en caresses
en un sanglot aussi délicat que ramage
d’hirondelles.
Les ventres tressaillent
Des mains se joignent
Des bouches se cherchent…
Alors que l’enfant expérimente sa première tétée
Cette femme, consacrée, se détend, rejette sa tête
en arrière dans un geste jouissant.
L’allaitement est bon.
Et se poursuit la farandole de la naissance,
la danse de la vie.
Qu’ils chantent donc ces ciels auxquels
on a cru!
Qu’ils jouissent donc ces anges dont
on ignore le sexe!
Que s’ouvre la grande fête,
celle des femmes pleines,
des enfants au sein;
Celle des filles devenues fertiles;
Celle des hommes jaloux de n’avoir
ni ventre habitable ni mamelles gonflées.
Que s’entende dans la nuit devenue
matin
un hymne si pur…
Que les lourds épis et les frêles pousses
taisent leur murmure…
Le nouveau-né a souri et s’est endormi…

La voici donc, cette chère Huguette, savourant une bonne bière froide alors que Gilles, le papa, termine la toilette de Vincent. Ça se passait quatre mois plus tard, plus précisément le 15 août 1979, et je ne sais pas si c’est parce que j’avais savouré de la bière moi itou que la photo est si floue mais bon, c’est la seule photo que j’ai avec Huguette.
Bonne fête Vincent…
JE T’AIME
xoxo

17 septembre 2009
« exTRAIT du jour » est une nouvelle série
qui débute aujourd’hui.
Faut surtout pas se fier au titre — ces billets
ne seront que sporadiques.
Qu’il s’agisse d’extraits de livres, de chansons, de poèmes ou, dans le cas présent, de notes personnelles, j’espère qu’ils sauront provoquer des réflexions et, bien sûr, des commentaires!
Voici donc ce que j’ai trouvé ce matin — au cours de ma
purge-papier — dans un de mes vieux cahiers…

Ma mère cuisinait des beignes, des mokas, du sucre à la crème, et des biscuits aux pépites de chocolat ; des confitures aux fraises, aux framboises, aux bleuets, et aux mûres lorsqu’il y en avait ; de la compote, des tartes, et de la gelée aux pommes ; des tartes au sucre, à la ferlouche, et au citron couvertes de meringue ; du pain, des tourtières, des grosses dindes bourrées de farce ; du ketchup vert, du ketchup rouge, des betteraves sucrées, et des p’tits cornichons salés ; des patates pilées, des patates frites, des patates au four ; de la purée de navet, du chou bouilli, des carottes en allumettes et des carottes en rondelles ; du steak, des chops de porc frais ; du pâté chinois, du macaroni à la viande, du ragoût de pattes de cochon ; du jambon badigeonné de sauce moutarde et piqué partout de clous de girofle.
Ma mère faisait du ménage, du repassage, du reprisage, et du lavage à la main étendu dehors en plein hiver ; elle peinturait, décapait, tondait, et plantait des fleurs en avant et des tomates en arrière ; elle sciait du bois, pelletait la neige, et pelletait du charbon pour chauffer la fournaise.
Ma mère marchait des milles par jour, aller-retour,
beau temps mauvais temps, advienne que pourra.
Ma mère était une femme dépareillée.
Ma mère ne m’a jamais bercée.

31 mars 2009
Dans le chapitre 3 du livre Le secret de la loi d’attraction,
l’auteure nous dit qu’on doit se faire notre propre cinéma.
En effet, l’emphase est mise de plus en plus sur la visualisation
accompagnée d’une intensification des sensations.
Décidément, il faut qu’on se donne des frissons !
Extrait :
Les sensations que nous éprouvons lorsque nous nous passons le film de la réalité virtuelle sont la clé de toute création.
Nous agissons tel un metteur en scène ou un réalisateur de film qui élabore la scène qu’il visualise. Il la vit dans sa tête avant de la modeler dans la réalité.
C’est ce que nous faisons lorsque nous imaginons notre vie idéale, lorsque nous visualisons la situation rêvée ou l’idéal de vie que nous poursuivons.
À cet instant, tout est bien. Tout va bien. Nous sommes OK. Nous nous sentons bien et cette sensation de bien-être est le moteur qui déclenche la réalisation de nos désirs les plus chers.
En ressentant cette sensation, nous offrons un nouveau ton, une nouvelle vibration à l’Univers, qui correspond exactement à la vibration que nous voulons émettre pour toujours : le bien-être suprême.
Cette projection dans le futur de la réalité virtuelle nous permet d’aligner notre vibration actuelle sur la vibration que nous souhaitons émettre. Nous irradions précisément le bonheur que nous voulons vivre, nous transmettons cette vibration agréable d’appréciation et de jouissance suprême et nous l’attirons vers nous encore davantage.
Attention : il ne faut pas oublier que la Loi d’attraction peut aussi attirer le malheur… si c’est le malheur qui occupe nos pensées.
Ces temps-ci, justement, je suis en train de faire un retour dans le passé, et ce passé est bourré de scènes douloureuses, angoissantes, laides et stressantes. Un film d’horreurs, quoi !
Mais comme je me sens heureuse et enthousiaste face à la rédaction de mes mémoires, et comme je suis maintenant capable de pivoter rapidement mes pensées d’un point de focalisation douloureux vers un point de focalisation agréable, je suis certaine qu’aucune vibration négative ne viendra obscurcir mon ciel bleu.
Le truc des 30 jours (extrait) :
Pour activer délibérément la vibration que nous souhaitons et arriver à la transformer en une vibration prédominante, il est bon de pratiquer pendant 30 jours la focalisation de nos pensées sur le point d’attraction idéal.
L’activation voulue de notre vibration dominante s’ancrera alors profondément en nous et nous nous surprendrons de plus en plus souvent à «pivoter» rapidement nos pensées d’un point de focalisation «douloureux» vers un point de focalisation «agréable».
Nous verserons du mal-être au bien-être de manière répétée et de plus en plus rapide, ce qui nous permettra bien vite de diffuser une vibration d’attraction puissante car elle sera alignée sur nos désirs réels.

Le test des 15 jours — Namaste !
Pour que la Loi d’attraction fonctionne à son plein pouvoir, on ne doit pas se limiter à focaliser nos pensées sur ce que nous désirons recevoir : il est aussi très important d’apprécier ce que nous avons déjà. Et cette appréciation doit s’étendre aux personnes qui nous entourent de même qu’à toutes celles qu’il nous est donné de rencontrer.
La pratique devient d’autant plus difficile lorsque, indubitablement, certaines personnes en viennent qu’à nous agacer ; si on se laisse aller à focaliser sur les menus détails de leur personnalité qui nous tapent sur les nerfs, on finira par attirer et même amplifier ces caractéristiques. Et ce sera l’enfer.
Pour ne pas se laisser prendre à ce jeu, on doit se concentrer sur les caractéristiques qui nous plaisent chez l’autre. Notre propre vibration harmonieuse enclenchera la vibration des caractéristiques harmonieuses chez cette personne et — pouf ! — les comportements agaçants disparaîtront comme par enchantement. Ce sera le paradis sur Terre. En tout cas, ça règlerait bien des guerres.
L’auteure nous demande d’en faire le test : parmi vos relations, choisissez une personne qui a le don de vous énerver et trouvez-lui une qualité qui vous plaît vraiment. Par exemple, si vous êtes irrité par son comportement bruyant, oubliez cette étiquette «bruyante» que vous lui avez collée et attardez-vous plutôt sur son côté enjoué et joyeux.
Pendant 15 jours, visualisez cette personne très enjouée et joyeuse ; voyez-la se comporter de manière enjouée et joyeuse ; visualisez votre interaction avec elle dans des moments de joie et de rires. Essayez de «savourer» ces moments de gros fun partagé… et au bout de 15 jours, non seulement vous ne serez plus importuné par cette personne, mais son côté bruyant aura disparu ou se sera considérablement amoindri. Tout ça parce que vous serez devenu en harmonie vibratoire avec cette caractéristique.
Ça me fait penser au rituel que je pratique depuis le mois d’août de l’année passée : Namaste. Je peux vous garantir que ça change une personne… que ça procure une sérénité accrue et un bonheur qui s’amplifie de jour en jour.

Vos exercices
de bien-être
NOTE : À la fin de chaque chapitre, l’auteure nous propose une série d’exercices à effectuer. Dans la mesure du possible — et si les questions ne sont pas trop indiscrètes — j’y répondrai ici-même sur mon blogue.
Focalisez vos pensées sur ce que vous voulez être, avoir ou faire, pendant 30 jours consécutifs.
Eh bien, boys and girls, j’ai commencé cet exercice le 1er mars.
C’était donc, hier, le 30ième jour… et OUI, ça a marché !
À un point tel que je ne me reconnais plus : moi qui, pendant des décennies, ai tenté à maintes reprises de faire le ménage dans ma paperasse de souvenirs tous plus traumatisants les uns que les autres et qui ai dû — chaque fois — abandonner la tâche au bout d’un certain temps pour cause de découragement et d’abattement moral… me voici, à la fin de ces 30 jours, de plus en plus emballée par cette démarche.
Mais il faut préciser que j’y ai pensé sans arrêt, quasiment jour et nuit, tout au long du mois — j’en ai même rêvé : je me voyais en train de fouiller dans mes archives de vie, heureuse, joyeuse, fière d’avoir vaincu mes démons et d’être en santé, en forme, en amour avec la vie. Puis, un moment donné, les fleurs du bonheur ont commencé à poindre à travers toute cette belle merde pour enfin en chasser l’odeur nauséabonde et la remplacer par un doux parfum de renouveau printanier. YESSSSSSS !
Bon… mettons que ce ne fut pas EXACTEMENT une symphonie pastorale, mais quand même : depuis la mi-mars, je ne peux plus m’arrêter.
Je fouille, je ris, j’apprécie.
Et j’écris…
Transformez vos relations en vous concentrant pendant 15 jours sur ce qui vous plaît chez l’autre : ses qualités.
Comme je vous l’ai dit plus haut, je pratique le fameux Namaste depuis bientôt 8 mois ; ce rituel me rend de plus en plus «présente» dans l’instant, de plus en plus consciente de mes réactions vis-à-vis les gens. Ainsi, j’ai appris à mieux contrôler mes émotions, mes sautes d’humeur, mon impatience.
Il reste que c’est encore un défi…
Le 17 mars, j’ai fait une rechute : lors de l’assemblée générale de ma coopérative d’habitation — qui ne compte que cinq membres — deux d’entre eux m’ont fait exploser pour une niaiserie qui se répète chaque année quand vient le temps de choisir la firme comptable pour la vérification de nos états financiers.
Dans un moment d’exaspération suprême, j’ai complètement oublié de reconnaître que «l’esprit en moi honore l’esprit en eux», de même que j’ai totalement omis de focaliser mon attention sur ce qui me «plaît chez eux», et j’ai perdu les pédales au point de sacrer comme un bûcheron à qui on aurait chié sur sa chainsaw.
Mea culpa, mea culpa,
mea maxima culpa.
Depuis, je me suis remise à la focalisation — j’ai appris ma leçon.
Prochain chapitre :
Créer par défaut
Namaste !

15 septembre 2008
Il y a de ces jours remplis de bonheur,
des jours si sereins et merveilleux qu’ils
laissent derrière eux une traînée de
poudre *magique*.
Et cette poudre se répand le long des jours qui suivent — caressante, envoûtante — et on est tellement heureux qu’on a la sensation de déballer un cadeau qui devient toujours de plus en plus beau.
Pour moi, la magie s’est opérée le 26 août. C’était un mardi chaud et ensoleillé, une des journées les plus chaudes et ensoleillées de cet été qui n’avait semblé vouloir nous donner, jusque là, que des journées plutôt mornes et mouillés.

Le tapin
Tout a commencé par un rendez-vous fixé pour 13h00 au coin des rues Saint-Denis et Mont-Royal où j’ai dû attendre pendant un bon 40 minutes l’arrivée de F., une amie rencontrée sur Twitter.
Je dis bien un « bon » 40 minutes, car même si j’étais prise à passer tout ce temps debout sur le trottoir, j’avais du fun à chanter plein de chansons dans ma tête et à me faire chauffer la couenne au soleil, le dos confortablement appuyé à la façade d’un café. Reggae baby!
Au fil du temps qui s’étirait, j’ai eu l’impression d’être une pute qui protégeait son territoire ; amusée par ce jeu, je me suis mise à accueillir avec un grand sourire le regard des passants. J’étais une vieille pute — une pute à la retraite — pas du tout prête à me taper n’importe quel vieux schmuck.
Puis Mam’selle F. est apparue en claxonnant. Dès qu’elle a ouvert la portière de son auto, elle a commencé à s’excuser et à détailler les raisons de son retard qui avaient toutes un rapport avec la congestion de la circulation. Pas grave, que je lui ai fait comprendre en sautant dans la voiture, allez hop! trouvons un restaurant, car il était près de 14h00 et la pute avait un p’tit creux.

Le lunch
On a choisi de manger sur le côté ombragé de Saint-Denis. Installées à la terrasse du Chuch (cuisine végé thaï), nous étions bien contentes de faire connaissance face à face après tous ces mois de tweets et de courriels.
La nourriture était mmm exquise. La conversation aussi. On a jasé de nos vies, de nos tracas, de nos rêves ; mais on a surtout jasé de nos plans pour devenir riches et célèbres via Internet. On était high.
Après le repas, on est passées côté soleil pour un caffe latte, puis on a marché et on s’est arrêtées boire un cappuccino, et on a fini par terminer notre pèlerinage sur les marches d’un commerce où, survoltées par la caféine, secouées de fous rires, on a poursuivi nos divagations tout en guettant le parcomètre pour ne pas manquer l’expiration.
À 19h00, F. a dû se décider à partir — ses chats et ses chiens l’attendaient à la maison. Moi, personne ne m’attendait, ni chat ni chien, et je ne voulais pas rompre la magie. J’avais le goût de continuer à profiter du retour de l’été ; le goût de marcher encore et encore ; le goût de tordre cette journée pour en extraire le plus de bonheur possible. Ah, la goulue!

La balade
J’ai descendu la rue Saint-Denis jusqu’à la rue Sainte-Catherine, où j’ai tourné vers l’ouest, et j’ai slalomé sur la Catherine entre les gens un peu trop lents jusqu’à ce que j’aboutisse sur la rue Sainte-Elisabeth et à ce qui est — enfin! — l’objet de cette histoire : La porte dont il était question dans mon article du 8 septembre.

La porte

Nous voici donc sur la rue Sainte-Elisabeth.
À l’intérieur de la bâtisse décorée de graffiti, il y a un restaurant asiatique dont l’entrée principale se trouve sur Sainte-Catherine. (J’aime les graffiti. Les graffiti artistiques, pas les tags tout croches.)
D’aussi loin que je me souvienne, cet immeuble de plus en plus délabré a été l’hôte d’un resto asiatique ; pas toujours le même, bien sûr, mais toujours asiatique.
L’immeuble tout illuminé, au bout de la rue, est un pub — Le Sainte-Elisabeth.

MontrealPlus.ca n’a que des éloges pour cet établissement :
L’un des meilleurs pubs à Montréal
Le Sainte-Elisabeth a cette chaleur et cette hospitalité caracté- ristiques aux pubs de la vieille Europe. Situé dans un immeuble bâti dans les années 30, ce pub possède toujours le charme de ses jeunes années, avec d’épais rideaux aux fenêtres, un foyer, des comptoirs en chêne poli et des lampes de verre teint qui donnent une chaude luminosité à l’endroit.
Le jardin secret
En entrant dans ce pub, vous ne saurez pas tout de suite que le Sainte-Elisabeth possède une cour clôturée dont les murs extérieurs sont tapissés de vignes. Pénétrez dans le jardin et vous pourrez découvrir une terrasse bourgeonnant de fleurs et de verdures durant la saison chaude. Il y a au deuxième étage du pub une terrasse vitrée qui surplombe le magnifique jardin. À quelques pas de la très animée rue Sainte-Catherine, cet endroit vous séduira dès la première visite et vous comprendrez pourquoi c’est une destination populaire à Montréal.

Chaleur,
hospitalité,
charme de ses
jeunes années,
jardin secret…ouais.
Pour moi,
cet endroit
sera toujours
« la shop ».
Voyez-vous, à partir des années 40 et jusqu’à sa mort survenue en 1975, cet immeuble appartenait au frère aîné de mon père — mon oncle Raymond, Contremaître en construction.
Quand j’étais petite, le rez-de-chaussée était occupé par un des employés de mon oncle, sa femme et ses deux enfants. Les étages se divisaient en chambres où vivotaient une série de personnages assez curieux, allant du rescapé de la Deuxième guerre mondiale à qui il manquait l’oreille droite, au vieil ivrogne épeurant qui tombait soûl mort dans l’escalier, à l’une ou l’autre de la douzaine et plus de prostituées qui ne faisaient que passer.
Mon oncle Raymond tenait son business au sous-sol de l’immeuble, un endroit sombre, humide et puant appelé communément « la shop ». On accédait à ce trou infesté de rats par cette porte qui, dans le temps, était peinturée grise et verrouillée avec un gros cadenas.
Papa travaillait pour son frère. Il était Contremaître.
Aussitôt que ma mère a eu son deuxième enfant, mon frère Robert né en 1954, Papa a commencé à m’emmener à la shop, le samedi ou le diman- che, afin de lui donner un peu de répit.
J’avais 3 ans et demi à la naissance de Robert ; j’étais une grande fille maintenant. Je me désennuyais du mieux que je le pouvais, soit à regarder — pas toucher! — les outils cordés sur l’établi, soit à tracer des dessins sur le plancher dans la poussière et le bran de scie.
Durant cette période, il est arrivé à mon père de s’absenter quelques fois pour (je le comprendrais plus tard) aller rendre visite à la prostituée de passage.
Ça lui arrivait quand son ami offrait de garder un oeil sur moi pendant qu’il buvait sa bière, assis dans le fauteuil en chêne de mon oncle Raymond.
Mais son ami ne faisait pas que garder un oeil sur moi. Il m’abusait sexuellement.
Voilà pour la chaleur, l’hospitalité et
le charme de mes jeunes années!

Le 26 août, j’ai marché jusqu’à cette porte comme je l’avais fait à plusieurs reprises dans le passé. Et cette fois, au lieu d’être écrasée sous le poids de la douleur, de la peine, de la laideur et de la solitude, j’étais en paix.
L’espace d’un éclair, c’est comme si on avait aspiré, par tous les orifices de mon corps, la grosse suie sale qui empoisonnait mon âme, pour ensuite y insuffler une lumière si douce, si chaude, si authentiquement bonne que j’en ai presque perdu l’équilibre.
J’étais ivre de bonheur…gaga…gougoune.
J’ai pris des tas de photos. Je valsais, je trottinais d’un côté à l’autre de la rue; je ne voulais plus quitter cette énergie.
J’ai aperçu des ouvriers qui travaillaient au coin de Sainte-Catherine. Étaient-ils là tantôt quand je suis passée? Je ne m’en souvenais plus.
Je me suis dirigée vers eux. Ça sentait le bois qu’on vient de couper, cette odeur qui fut présente toute mon enfance, toute ma jeunesse. Je l’ai fait remarquer au gars qui était grimpé dans l’échelle, à quel point ça sentait bon, que ça me rappelait mon père qui était menuisier.
En disant ça, j’ai compris que je n’en voulais plus à Papa de m’avoir abandonnée derrière cette maudite porte de malheur. Ma rancune s’est envolée, salut bye bye.

J’allais continuer ma route quand j’ai entendu la chanson qui jouait à la radio des ouvriers — The Times They Are A-Changing, de Bob Dylan. Je n’en revenais pas! Un jour, lorsque je vous raconterai l’histoire de mon frère André (1957-1994), vous comprendrez pourquoi.
Dylan, c’est mon frère André.
Et le 26 août, il était là
pour fêter avec moi.
25 août 2008
Comme je vous le disais dans un article précédent,
j’ai passé beaucoup de temps assise pendant les
premiers dix-huit mois de ma vie, ce qui fait que
j’ai commencé à m’ennuyer très tôt.

Une chance que j’avais Kitty.

Kitty était un bull terrier.
Peut-être pas un bull terrier pure laine — vous voyez qu’elle a probablement autre chose dans elle — mais pedigree ou pas, elle a été ma toute première amie.

Je me souviens que ma mère me racontait, quand j’avais sept ou huit ans, comment Kitty m’avait aidée à apprendre à marcher. Elle disait que je m’accrochais à sa fourrure, pourtant très courte, et que je la suivais ainsi alors qu’elle me traînait un peu partout autour de la maison ou sur la galerie.
Quand, à sept ou huit ans, j’ai entendu cette histoire pour la première fois, je l’ai trouvée drôle et cute. Mais lorsque j’ai sombré dans la dépression, à trente et quarante et cinquante ans, l’anecdote s’est transformée en la triste et sombre tragédie qui a estropié mon âme. Ça voulait dire que ma mère avait été TELLEMENT occupée qu’elle n’avait même pas été là pour me guider dans mes premiers pas sur la planète. Je vous dis que le sentiment d’être abandonnée, j’en en beaucoup parlé en thérapie.

Maintenant que je suis guérie (Alléluia, tout l’monde debout !),
j’ai recommencé à trouver l’histoire drôle et cute.
Je peux enfin apprécier à quel point Kitty fut patiente avec moi,
à quel point elle devait m’aimer. Et ça me remplit de joie chaque
fois que je pense à elle…à ma toute première amie.
La question du jour :
Avez-vous eu quelqu’un de spécial dans votre enfance ?