Que j’aime donc ça, des surprises.
Hier, j’en ai eu deux.
Première surprise
J’ai retrouvé un bon ami sur Facebook. Ce n’est pas que ça faisait des siècles qu’on ne s’était pas vu, c’est juste qu’on ne se voyait pas souvent ces derniers temps. Toujours est-il que cet ancien voisin de ruelle – je l’ai vu grandir, il était chum avec mon fils – est de retour à Montréal et que j’étais bien contente de reprendre contact avec lui.
Deuxième surprise
Après avoir échangé un paquet de messages sur Facebook – des nouvelles de nos familles respectives, ce qu’on faisait chacun de notre bord, les amours, la santé, alouette – voici que mon beau Éric me fait parvenir le dessin qui suit : il a pris mon cartoon d’Oza, lui a plié les bras, puis s’est dessiné à son côté, pour l’accompagner. Trop cool ! Le pire, c’est que j’avais oublié à quel point il dessine bien.
Je vous rappelle que si vous voulez vraiment embarquer dans mon trip, si vous avez un cœur d’enfant et que vous croyez encore à la magie, eh bien inscrivez-vous sur Facebooket allez ensuite vous joindre à mon groupe Road Trip Destination Bonheur. C’est là que vous verrez tous ceux qui font partie du voyage – on est une sacrée belle gang, des gens d’un peu partout sur la Terre. Même que mon cher ex-voisin de ruelle est présent dans la van…oh yeah.
Un dernier petit mot
À part son talent de dessinateur, Éric Goyette est aussi un excellent guitariste, bassiste et chanteur (rock et blues), de même qu’un artisan du bois (ébéniste diplômé, rien de moins). Et comme il revient habiter dans le coin, il se cherche du travail. Alors si jamais vous avez besoin de ses services, vous me le faites savoir en m’envoyant un message sur ma page contact. Merci !
Les cadeaux sont emballés, j’ai répondu à la pile de courriels et aux messages sur Facebook, et je sirote une coupe de vin en écoutant Couleur Jazz – la radio « différente », à Montréal.
Les chansons de Noël jazzées sont toujours meilleures que les tounes ordinaires qu’on entend sur les autres stations. Comme par exemple celle qui vient de jouer, un blues des plus arrache-cœur, à propos d’un gars tout seul pendant les Fêtes, son bas plein de trous, le Père Noël qui descend la cheminée pour ensuite s’enfuir en emportant le sapin. Ayoye !
La van dort dans la cour en attendant que les festivités prennent fin et que la Terre se remette à tourner. J’ai hâte de reprendre la route.
Oh yeah !
Joyeux Noël, mes belles et beaux amis.
N’oubliez pas de partager l’amour.
Si vous aimeriez rendre votre présence dans la van un peu plus *officielle* et rencontrer toutes les autres personnes le fun qui se trouvent déjà à bord, allez tout de suite vous inscrire sur FACEBOOK.
Une fois que vous serez membre – ou si vous l’êtes déjà – venez vous joindre au groupe Road Trip Destination Bonheur.
Et n’oubliez pas…la van est une Van Magique.
Elle peut contenir le Monde Entier.
Si Noé a été capable, nous-autres aussi on l’est !
Grosses caresses et plein d’amour,
Oza alias Mudd
(et vice versa)
xoxo
Oké…la van est réparée et nous voici au Bardo Drive-in à attendre le début du film.
Les chiens sont couchés à nos pieds, tout le monde est bien installé, le popcorn se promène d’un bord et de l’autre…action !
Ma conception
Edmond pénètre Violette, sans aucun prélude, à 22h28, le 19 novembre 1949, au moment même où la radio fait entendre Frankie Laine et son grand succès du jour, Mule Train.
Mule train!!
(Hyah, hyah)
Mule train!!
Clippety cloppin’ over hill and plain…
Eddy est soûl, paqueté. Étant donné qu’il est marié à Violette depuis plus d’un an, il a cessé de faire sa toilette régulièrement et dégage une forte odeur de sueur et de centaines de cigarettes. Son haleine trahit un mélange de dents pourries, de chou bouilli, et de rots de bière. Violette tourne la tête de côté afin de contempler l’appareil radio – un Emerson Aristrocrat – qui trône sur la table de chevet. « C’est tellement un beau rouge…je suppose qu’on peut appeler ça rouge cerise », qu’elle se dit tout bas, et souhaiterait pouvoir changer de poste et peut-être tomber sur la chanson de Dinah Shore, Buttons And Bows. Mais non.
Violette tourne la tête de nouveau et s’arrête quelques instants – le temps de voir Eddy, son regard bleu poudre, vitreux, rivé sur elle mais totalement absent – puis continue son mouvement circulaire jusqu’à l’autre côté du lit. Fixant la porte de la garde-robe, légèrement entr’ouverte, elle remarque le bout de sa vieille pantoufle en satin rose ; elle se souvient avoir vu le pied gauche traîner sous le canapé, le matin même, alors qu’elle passait l’aspirateur sur le tapis du salon. Ses yeux se promènent ensuite du côté de la grosse commode art-déco, cadeau des beaux-parents, dont le miroir est craqué et tout taché. La chaise qui se trouve à côté a disparu sous la pile de linge sale, une pile si haute que certains morceaux ont déboulé sur le plancher – des bas, surtout, et des caleçons. « Je vais faire le lavage tout de suite en me levant » qu’elle décide, et espère qu’elle se rappellera de sortir le balai pour enlever la grosse toile d’araignée qu’elle aperçoit au plafond. Elle se demande comment elle a bien pu faire pour ne pas la voir avant ce soir, la toile doit mesurer au moins huit pouces de diamètre et pend juste au-dessus de la porte qui mène à la cuisine.
Mule train!!
(Hyah, hyah)
Mule train!!
Clippety cloppin’ through the wind and rain
They’ll keep goin’ till they drop, clippety clop, clippety clop…
Accélérant la cadence, Eddy se remémore la prostituée qui lui a prodigué ses bons services, la veille, dans le camion Ford pick-up de son frère ; la manière dont ses cheveux roux, crêpés et raides de spraynet, frottaient sur sa bedaine de bière. Cette pensée le rend fou et il se raidit aussitôt, puis donne quelques coups saccadés avant de se soulager en grognant, la bouche grande ouverte, une longue traînée de salive s’étirant jusque dans l’oreille et le cou de Violette, qui demeure froide et impassible pendant que son mari s’effondre enfin et s’endort, ronflant et pétant allègrement.
Get along, get along, get along…
Alors que résonnent les dernières notes de la chanson, le spermatozoïde d’Edmond s’introduit dans l’ovule de Violette.
Je suis certaine que vous avez déjà entendu l’expression populaire qui dit à peu près ceci – en parlant du passé : « Un jour, tu vas te rappeler tout ça et tu vas en rire. »
Eh bien justement, j’ai décidé de vous emmener faire un road trip à travers mon passé afin que nous puissions tous nous tordre de rire en revivant les horrifiants, hallucinants, violents, dégradants, humiliants, ennuyants, affreux et laids petits moments qui ont fait que je suis devenue la personne que je suis aujourd’hui. (Pas le droit de fumer dans la van.)
Je soupçonne aussi que nous nous bidonnerons un bon coup lorsque nous jouerons à identifier chacune des innombrables mauvaises passes qui ont parsemé ma vie, pour ensuite les relier les unes aux autres et finir par prouver hors de tout doute la véracité d’une autre expression populaire, « Tout arrive pour une raison. » (Il y aura peut-être un sondage à ce sujet, donc soyez prêts à y participer.)
Même si j’emploie un ton plutôt badin pour vous expliquer tout ça, je vous préviens que nous nous embarquons pour une mission des plus sérieuses. En effet, il y a certaines choses que j’aimerais bien comprendre, et un paquet de secrets qui doivent être déterrés et révélés une fois pour toutes.
Car voyez-vous, je n’ai pas toujours été cette personne passionnée et pétante d’énergie prête à vous conduire par tous les chemins à la poursuite de souvenirs. Au contraire. J’ai vécu longtemps avec le lourd sentiment d’être prisonnière à l’intérieur d’un monstrueux furoncle, et cette masse putride de chair suintante bloquait complètement la sortie du tunnel – le fameux tunnel au bout duquel on finit par voir la Lumière. J’ai traîné ainsi pendant des décennies dans la noirceur la plus totale, marinant dans ma bulle de pus.
Détraquée.
Dépeignée.
Déprimée.
Mais tout ça, c’est terminé. Comme le chante si bien Bob Dylan, « It’s all over now, Baby Blue. » Parce qu’un moment donné, il y eut un déclic. Et lorsque j’ai senti ce déclic, j’ai tout de suite su que le furoncle avait abouti et que je flottais maintenant dans un océan de bonheur.
Alors une des choses pour lesquelles je tenterai d’obtenir une réponse lors de notre périple – et vous aurez la chance de participer à cette découverte – c’est comment le pus s’est transformé en bonheur.
Je flaire la grosse affaire…
À demain !
Des caresses et plein d’amour,
Oza alias Mudd
(et vice versa)
xoxo
P.S. : J’espère que personne n’est allergique aux chiens – ma fidèle Daisy fait partie du voyage.
Leave your stepping stones behind, something calls for you. Forget the dead you’ve left, they will not follow you. The vagabond who’s rapping at your door Is standing in the clothes that you once wore. Strike another match, go start anew And it’s all over now, Baby Blue. - Bob Dylan