Daisy décide de décéder – Acte 1
Elle est partie. Elle est morte.
La vieille Daisy a gagné ses ailes.
Vole, chienne chérie, vole !
Je l’ai trouvée dans les annonces classées par un beau matin de Novembre – c’était en 1996, le 12, un samedi.
Voyez par vous-mêmes, j’ai conservé la page de La Presse pendant toutes ces années ; c’est mon genre, ça, d’entreposer plein de paperasse sur le passé. Je compte d’ailleurs m’occuper de cette situation dans les semaines et les mois à venir – La Grande purge du passé en papier – et j’ai l’intention de m’y mettre dès jeudi ou vendredi. Enfin peut-être. On verra bien.

La petite annonce pour Daisy est au milieu,
entourée d’un trait au crayon mine.
Épagneule. Gentille. Bas prix.
C’est comme ça que Daisy est entrée dans ma vie.
Au moment même où je songeais à m’en sortir.
Elle m’a forcée à me lever, le matin, la maudite !
Elle m’a fait descendre dans la cour, trois fois par jour,
pour ramasser sa merde.
Les hivers…
Calvaire !
Elle m’a gardée en forme et m’a fait sourire.
Elle avait un regard qui me foutait les blues ;
on était pognées dans la coop, toutes les deux,
à attendre qu’il se passe quec’chose.
Avec elle, je retrouvais mon coeur d’enfant…

Elle n’était jamais malade.
N’a jamais eu de vaccins.
Jamais eu de problèmes.
Alors quand je l’ai vue se gratter les oreilles à grands coups de pattes, les griffes enfoncées le plus loin possible dans les cavités, sans arrêt, pendant toute une journée, j’ai décidé de l’emmener consulter un vétérinaire.
C’était le 29 mars de cette année…un samedi.
La gentille madame a bien examiné my Daisy-Mae, a diagnostiqué une infection à champignon, lui a donné une injection, et a prescrit des antibiotiques à lui être administrés deux fois par jour, à raison de quatre gouttes par oreille, et ce pendant sept jours consécutifs. Les formalités d’usage complétées, c’est alors que ma terre s’est arrêtée de tourner.
Me regardant droit dans les yeux, la vet m’a demandé si j’avais remarqué à quel point Daisy avait pris de l’expansion dans la région du bas-ventre. Oui, que je lui répondis, mais j’attribuais le relâchement de ses chairs à son grand âge ; après tout, elle venait d’avoir treize ans le premier du mois, ce n’était plus tout à fait une jeunesse.
La vet a ensuite empoigné à deux mains l’abdomen de ma Daisy afin de me signifier qu’il y avait là quelque chose qui n’allait vraiment pas, elle y tâtait une masse grosse comme un pamplemousse, il fallait se rendre à l’évidence, c’était le cancer.
*Soupir*
J’ai quitté l’hôpital avec ma chienne, ma peine et ma bouteille de gouttes, et j’ai marché sans vraiment penser jusqu’à la maison où j’ai assisté pendant trois jours au passage de ma toutounette dans une autre dimension.
Elle a cessé aussitôt de manger. Des affaires bizarres ont commencé à pousser sur ses longues oreilles pendantes, on aurait dit de la roche concassée collée avec de la crazy glue. Ses oreilles sont vite devenues épaisses et lourdes – assez dégueulasses, merci – et le lendemain, les affaires bizarres avaient envahi son museau, menaçant d’attaquer ses yeux.
Ça ne regardait pas bien du tout.
Lundi s’est pointé et nous avions à peine fermé l’oeil toutes les deux. Daisy ne buvait presque plus d’eau, et mes amis me racontaient à quel point les animaux peuvent endurer la douleur avant que celle-ci ne devienne si intense qu’ils n’en peuvent plus et finissent par se mettre à gémir. Ça voulait dire que Daisy souffrait déjà, en silence, et qu’elle le faisait probablement depuis des semaines.
J’ai donc pris rendez-vous avec la vet, pour le lendemain, à midi et demie.
À suivre…



